La DdC — Le magazine de la Duchesse
WECHY ENFANTE « OUI ! »
Culture4 octobre 2026

WECHY ENFANTE « OUI!»

La DdC assiste à « OUI!», la pièce de Kevin de Wechy où l’accouchement quitte la maternité pour la scène et élargit sa distribution, après financement instruit par la DGCIPU.

La DdC4 min de lecture

Longtemps cantonné aux maternités, où les conditions acoustiques ne permettent pas toujours d’en apprécier pleinement le texte, l’accouchement arrive enfin sur scène. La DdC est allée assister à « OUI!», la pièce de Kevin de Wechy.

La Duchesse aime le théâtre.

Elle apprécie particulièrement ce moment très particulier où plusieurs centaines de personnes acceptent de s’asseoir dans le noir pour regarder quelques autres personnes faire, sous une lumière beaucoup plus forte, des choses qu’elles pourraient parfois parfaitement faire ailleurs.

Ce dimanche, la représentation présentait cependant un intérêt supplémentaire.

Une femme devait accoucher.

La Duchesse avait pris soin d’arriver suffisamment tôt.

Elle portait un tailleur sombre, une broche dorée et avait laissé son manteau au vestiaire contre un petit numéro qu’elle rangea immédiatement dans son sac afin de ne pas avoir à le chercher plus tard.

La salle se remplissait lentement.

Quelques spectateurs lisaient le programme. D’autres regardaient leur téléphone avant qu’on leur demande de l’éteindre. Une dame toussa plusieurs fois. Un homme se leva pour laisser passer deux personnes qui avaient leurs places au milieu de la rangée.

La Duchesse observa l’ensemble.

Tout semblait prêt.

Un projet connu de Crestignac

« OUI!», la pièce de Kevin de Wechy, dramaturge, n’était d’ailleurs pas totalement inconnue de la Duchesse.

Plusieurs mois auparavant, sa production avait sollicité le soutien financier de Crestignac.

Le dossier avait donc été transmis à la DGCIPU — Direction Générale de la Connaissance, de l’Inconnu, du Présumé et de l’Ultérieur.

La procédure était normale.

Tout doit passer par la DGCIPU. Même la perte des eaux.

WECHY ENFANTE « OUI ! »

La Connologie avait tout d’abord établi ce qui était connu.

Il existait une pièce.

Il existait une compagnie.

Une femme devait y accoucher.

Ces trois éléments furent considérés comme suffisamment connus pour permettre la transmission du dossier à l’Inconnologie, chargée de déterminer ce qui ne l’était pas.

Plusieurs points demeuraient effectivement inconnus.

Ils furent donc dûment enregistrés comme tels.

Le dossier put alors être transmis à la Présumologie.

Après examen des éléments connus et inconnus, celle-ci considéra qu’il était raisonnablement possible de présumer que la pièce serait effectivement jouée.

Restait l’Ultériologie.

Son intervention était essentielle: au moment de la demande de financement, la représentation n’avait pas encore eu lieu.

Elle relevait donc incontestablement de l’ultérieur.

Connologues, inconnologues, présumologues et ultériologues purent ainsi travailler sur le projet, assistés de leurs connologofficers, inconnologofficers, présumologofficers et ultériologofficers respectifs.

Le workflow avait un début.

Personne ne jugea nécessaire de lui demander immédiatement une fin.

Les crédits furent finalement mobilisés.

Crestignac participait désormais au financement d’un accouchement.

La représentation

Les lumières s’éteignirent.

WECHY ENFANTE « OUI ! »

La Duchesse se tut.

Elle avait toujours considéré qu’au théâtre, le silence du public constituait une contribution artistique insuffisamment reconnue.

La représentation commença.

Elle regarda.

À l’entracte, elle prit un verre.

Elle échangea quelques mots avec plusieurs personnes, retourna s’asseoir et constata avec satisfaction que personne n’avait occupé sa place pendant son absence.

Puis les lumières s’éteignirent de nouveau.

La Duchesse regarda encore.

La femme poursuivait son travail.

C’était rassurant.

Quelques mois auparavant, ce travail relevait encore de l’Ultériologie.

Il était désormais observable.

La DGCIPU avait donc correctement anticipé son changement de statut.

L’accouchement, longtemps assigné à une distribution relativement stable, bénéficiait ici d’un élargissement du casting.

Un homme accouchait également.

La Duchesse en prit acte.

Puis vint le texte.

ELLE
Ma poitrine gonflée ne peut être sans nom.
WECHY ENFANTE « OUI ! »
LUI
Sans nom, serais-je encore gonflé?
ELLE
Je n’ai rien d’un ventre, et pourtant me voilà le serrer.
LUI
Je ne suis que ventre, et me voilà m’abandonner.
TOUS LES DEUX
Oui!
ELLE
Qu’est-ce que la douleur, sinon le commencement?
LUI
Qu’est-ce que le commencement, sinon la douleur?
Rideau.

Et la pièce?

L’accouchement gagne incontestablement à quitter la maternité.

Jusqu’ici, il s’y déroulait principalement dans des conditions acoustiques qui ne permettaient pas toujours d’en apprécier pleinement le texte.

Le théâtre corrige en partie cette difficulté.

Sur scène, la parole respire davantage. Les intentions deviennent plus lisibles et le spectateur bénéficie d’une distance que la proximité immédiate d’une sage-femme ne permet pas toujours.

La DdC a particulièrement apprécié le travail sur la parole.

WECHY ENFANTE « OUI ! »

Une réplique notamment mérite que l’on s’y arrête:

« Sans nom, serais-je encore gonflé?»

La Duchesse laissa passer quelques secondes avant de reprendre ses notes.

Certaines phrases demandent davantage de place que d’autres.

Dans sa forme hospitalière traditionnelle, l’accouchement laisse une place importante aux indications techniques, aux encouragements et parfois à quelques formulations plus spontanées dont la qualité littéraire demeure inégale.

Le théâtre remet ici le texte au centre.

Le jeu est juste, sans excès. La mise en scène accompagne intelligemment le propos et laisse à l’accouchement la place nécessaire pour se développer sans chercher à accoucher à sa place.

La perte des eaux constitue naturellement un moment important de la représentation.

Elle eut bien lieu.

La Duchesse en prit acte.

Le financement accordé plusieurs mois auparavant pouvait désormais être rapproché d’une réalité observable.

Une compagnie avait sollicité une subvention.

La DGCIPU avait instruit le dossier.

Crestignac avait financé.

Ils avaient accouché.

Le service était fait.

La Duchesse récupéra son manteau.

Elle avait conservé le numéro.

La DdC — Crestignac

La situation n’a pas évolué. C’est la preuve que nous la maîtrisons.

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