De La Barrière à la connaissance
La DdC remet le Phacochère d’or au professeur Paul Marcus de La Barrière, spécialiste du Moro-sphinx.
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C’est dans le grand salon d’apparat de Crestignac que la DdC a remis hier le Phacochère d’or au professeur Paul Marcus de La Barrière, en reconnaissance d’une vie entière consacrée à l’étude du Moro-sphinx.
Devant les membres du gouvernement, les représentants de la Haute Université de Crestignac et plusieurs chercheurs demeurés anonymes par modestie budgétaire, Son Altesse a présenté au professeur une statuette en or figurant un phacochère en mouvement.
Très ému, Paul Marcus de La Barrière a reçu la distinction avec la prudence d’un homme habitué à observer des phénomènes qui disparaissent lorsqu’il tente de s’en approcher.
Depuis plus de soixante-dix ans, le professeur étudie le Moro-sphinx, cet être insaisissable capable de rester immobile tout en battant des ailes et de repartir avant que l’observateur ait pu confirmer sa présence.
Ses premiers travaux ont permis d’établir que le Moro-sphinx peut être vu sans nécessairement avoir été regardé. Il démontra ensuite que son absence sur une photographie ne constituait pas la preuve de son absence au moment où la photographie avait été prise.
Cette découverte, aujourd’hui considérée comme l’un des fondements de la nonnologie entomologique, donna naissance au célèbre principe de La Barrière:
« Je remercie la DdC. J’ignorais que mes recherches avaient abouti, mais je suis heureux d’apprendre qu’elles sont terminées. »
Le professeur poursuivit ses recherches au sein du Centre crestignacien d’observation stationnaire des espèces rapides. Durant plusieurs décennies, il resta assis au même endroit afin de déterminer si le Moro-sphinx finirait par revenir.
Il revint.
L’heure exacte n’a jamais pu être établie.
Dans son allocution, la DdC a salué « un homme qui a consacré sa vie à poursuivre la connaissance sans jamais chercher à la rattraper».
À proximité de la tribune, une représentation du Moro-sphinx avait été installée afin que le public puisse enfin l’observer sans qu’il s’envole. Aucun incident n’a été signalé.
Le ministre de l’Éducation, Buskin, a pour sa part annoncé que les travaux du professeur seraient prochainement intégrés aux programmes scolaires. Interrogé sur le niveau concerné, il a précisé que l’enseignement commencerait « dès que les élèves auraient acquis la capacité de ne pas bouger tout en avançant».
Plus haute distinction scientifique de Crestignac, le Phacochère d’or récompense les personnalités ayant contribué de manière décisive à l’approfondissement d’une question demeurée sans réponse.
La statuette remise au professeur représente un phacochère marchant résolument vers une destination qui ne figure sur aucune carte. Elle porte la devise:
À l’issue de la cérémonie, Paul Marcus de La Barrière a regagné sa table habituelle, accompagné de son carnet, de son stylo et d’un café désormais froid.
Un Moro-sphinx aurait été aperçu près des fleurs disposées dans le grand salon. Le professeur, tourné de l’autre côté, n’a pas souhaité confirmer l’information.
À Crestignac, la connaissance venait une nouvelle fois de franchir La Barrière.
La marche à suivre
- 1.Plus un phénomène est difficile à observer, plus il convient d’affirmer qu’il est essentiel.
- 2.Le professeur Paul Marcus de La Barrière nous rappelle que la science ne consiste pas seulement à trouver. Elle consiste également à chercher suffisamment longtemps pour que chacun oublie ce que nous étions venus chercher.
- 3.Savoir, c’est ignorer le possible.
