WECH, J’AI KIFFOUILLÉ POMPUDOI
Une sortie scolaire au Centre Pompidou révèle les progrès inattendus de la langue française chez les CrestigniaKind: puisque tout le monde les comprend, le ministère s’interroge sur l’utilité de continuer à leur enseigner une forme de français plus compliquée.
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Une sortie scolaire au Centre Pompidou révèle les progrès inattendus de la langue française chez les CrestigniaKind.
La journée avait pourtant bien commencé.
Mardi matin, quarante-deux élèves du lycée territorial de Crestignac avaient été conduits à Paris dans le cadre d’une sortie pédagogique consacrée à l’art moderne.
À 10 h 17, le groupe entrait au Centre Pompidou.
À 10 h 23, plusieurs élèves déclaraient déjà avoir « grave kiffouillé les peintures de Pompudoi».
Le professeur accompagnateur, qui avait dans un premier temps cru à une difficulté d’élocution, comprit rapidement qu’il s’agissait d’un avis favorable.
La visite put donc se poursuivre.
Une sensibilité artistique intacte
Selon plusieurs témoins, les élèves se seraient montrés particulièrement sensibles aux œuvres présentées.
L’un d’entre eux serait resté près de quatre minutes devant une toile avant de déclarer:
« Wech, ça j’kiffouille.»
Une camarade aurait confirmé:
« De ouf.»
Le professeur de français, présent sur place, aurait tenté d’obtenir quelques précisions.
Il n’en obtint aucune.
L’adhésion esthétique fut néanmoins considérée comme unanime.
Le ministère de l’Éducation s’est félicité de cette rencontre entre la jeunesse crestignacienne et le patrimoine culturel.
Monsieur Buskin a notamment rappelé que « l’accès à la culture constituait l’un des fondements essentiels de l’éducation, dès lors que celle-ci ne nécessitait pas trop d’explications».
Un léger incident antérieur
La satisfaction du ministère fut cependant tempérée par un détail.
Quelques heures avant leur arrivée au musée, plusieurs élèves avaient participé à une manifestation lycéenne au cours de laquelle la devanture d’un commerce voisin avait été endommagée.
Interrogé sur cet épisode, l’un des participants a souhaité replacer les événements dans leur contexte.
« Wech, il auri pu kiffouiller les peintures du Centre Pompudoi s’il n’eu pas détruit la boutique à côté lors des manif lycéene.»
La déclaration provoqua plusieurs minutes de silence.
Non en raison de son contenu.
Tout le monde avait parfaitement compris.
C’est sa construction qui souleva des interrogations.
Une phrase entièrement comprise
Saisi de la question, le ministère de l’Éducation demanda à plusieurs spécialistes d’analyser la déclaration.
Leurs conclusions furent rassurantes.
Wech permettait d’identifier l’entrée en communication.
Kiffouiller exprimait manifestement un degré d’appréciation supérieur à kiffer. Le terme, désormais répertorié au Dictionnaire crestignacien (https://dico.crestignac.com/mot/kiffouiller), dispose même d’une conjugaison complète — dont la forme patrimoniale: « Nous kiffouillâmes.»
Pompudoi désignait sans ambiguïté le Centre Pompidou.
Quant à manif lycéene, aucune confusion avec un autre événement historique ne semblait possible.
Seule la conjugaison posa quelques difficultés.
Celles-ci furent rapidement écartées, personne n’en ayant eu besoin pour comprendre la phrase.
Monsieur Buskin en tira immédiatement les conséquences.
« Nous n’assistons pas à un appauvrissement de la langue. Nous assistons à son allègement.»
Une réforme devenue inutile
Informée de cette découverte, la Duchesse de Crestignac demanda si les élèves s’étaient compris entre eux.
La réponse fut positive.
Elle demanda ensuite si les adultes avaient compris les élèves.
La réponse fut également positive.
La Présidente souhaita alors savoir pour quelle raison le ministère continuait à leur enseigner une forme de français manifestement plus compliquée.
Aucune réponse satisfaisante ne put lui être apportée.
« Une langue sert à se comprendre. Ils se comprennent. Nous les comprenons. Je ne vois donc pas ce qu’il reste à leur apprendre.»
Le ministère envisage désormais une simplification importante des programmes de français.
La conjugaison pourrait notamment devenir facultative lorsque le contexte permet de deviner l’époque.
L’orthographe serait maintenue dans les cas où elle ne ralentit pas excessivement l’écriture.
Quant au vocabulaire, les élèves seront encouragés à créer eux-mêmes les mots qui leur manquent, sous réserve que quelqu’un comprenne à peu près de quoi ils parlent.
Cette nouvelle forme de français pourrait prochainement recevoir une reconnaissance officielle sous le nom de CrestigniaKind.
À la sortie du Centre Pompidou, les élèves ont été interrogés sur cette possible réforme.
L’un d’eux a résumé le sentiment général:
« Wech, ça kiffouille.»
Le ministère considère la consultation comme favorable.
La DdC — Crestignac
La situation n’a pas évolué. C’est la preuve que nous la maîtrisons.
