La DdC contre le pétrole — Roman-photo
Roman-photo satirique: la Duchesse de Crestignac, devenue présidente, règle la question du pétrole avec une logique crestignacienne imparable.
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À Crestignac, le prix du pétrole augmente. Au Palais, les conseillers sont convoqués en urgence.
— Madame la Duchesse, le pétrole augmente.
— Alors cessons de l’augmenter.
Silence.
Un conseiller ose préciser:
— Madame, ce n’est pas nous qui l’augmentons.
— Voilà qui est plus grave encore. Nous payons donc davantage quelque chose que nous ne contrôlons pas.
La DdC se lève.
— Convoquez le Conseil.
Autour de la grande table, experts, conseillers et représentants économiques présentent graphiques, courbes et dossiers.
— Crestignac dépend encore fortement du pétrole.
— Dépendre est déjà regrettable. Payer pour dépendre relève de l’obstination.
Un expert intervient:
— Nous ne pouvons pourtant pas supprimer le pétrole du jour au lendemain.
— Je n’ai jamais demandé de supprimer le lendemain. Occupons-nous d’abord d’aujourd’hui.
Les conseillers prennent frénétiquement des notes.
La DdC rejoint la cour du Palais où l’attendent journalistes et habitants de Crestignac.
— Mes chers Crestignaciens, le pétrole est une énergie du passé dont nous dépendons encore dans le présent pour préparer l’avenir. Cette situation manque manifestement d’ordre.
Un journaliste demande:
— Madame la Duchesse, quelle est donc votre décision?
La DdC marque un silence.
— Puisque le pétrole devient trop cher, nous allons en acheter moins.
Stupeur.
— Et par quoi le remplacerez-vous?
— Par ce qui ne sera pas du pétrole.
Un conseiller murmure:
— C’est extrêmement vaste.
— C’est précisément ce qui nous donne une marge de manœuvre.
Dans les jours suivants, bicyclettes, petits véhicules électriques, transports collectifs, marche à pied et inventions improbables envahissent Crestignac.
La DdC inspecte les premières mesures.
— Madame, nous avons déjà réduit la consommation.
— Vous voyez. Il suffisait de commencer avant d’avoir terminé.
Au balcon du Palais, la DdC contemple Crestignac.
Un conseiller lui demande:
— Pouvons-nous annoncer la fin du pétrole?
— Certainement pas. Tant qu’il en restera, quelqu’un serait capable de nous le vendre.
Elle se tourne vers lui.
— Annoncez plutôt que nous avons commencé à nous en passer. C’est beaucoup plus difficile à contredire.
Cartouche final:
CRESTIGNAC — Toujours plus loin. Mais autrement.
